Anne Villard | CHA-DO – La Voie du thé
42057
post-template-default,single,single-post,postid-42057,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,select-theme-ver-2.6.1,smooth_scroll,side_menu_slide_from_right,fade_push_text_right,transparent_content,wpb-js-composer js-comp-ver-5.5.2,vc_responsive

CHA-DO – La Voie du thé

 

 

 

 

 

 

« – Pourtant, Maître…

 

Elle le coupa.

 

– Je sais ce que vous allez me dire. Oui, votre mémoire s’est imprégnée des codes et vous vous laissez guider par le pouvoir du rituel. Cela, c’est ce qui est visible. Mon rôle, une fois que le visible est acquis, est de creuser dans l’invisible, d’aider mes élèves à faire taire les voix qui les agitent afin qu’ils procèdent à la cérémonie du thé dans un profond silence intérieur. Un silence enluminé par les bruits ténus de la cérémonie du thé : le chuchotis de l’étoffe du kimono, le frémissement de l’eau dans la bouilloire, le bruissement du chasen dans le bol. C’est à ce prix qu’on atteint la compréhension de la nature fugitive de l’existence, quand on réalise qu’elle n’est qu’un état transitoire, imparfait, incomplet, toujours dérangé par le tintamarre de l’univers.

 

– Je comprends ce que vous m’expliquez, Maître.

 

– J’aimerais que vous dépassiez ce stade intellectuel du raisonnement. C’est une barrière à l’accomplissement de votre quête.

 

– Je suis un homme d’affaires, de surcroît un étranger. Deux handicaps majeurs !

 

-Tss, tss, tss ! Ce ne sont que des excuses. Je ne m’adresse pas au Français agenouillé devant moi. Ce n’est pas une Japonaise qui vous parle. Nous sommes deux êtres de chair et de sang, avec un cœur, des viscères, deux poumons, des cellules, le tout parfaitement identique dans sa structure. Je sais que nous nous complaisons, les uns et les autres, à ériger des barrières pour nous singulariser.

 

– Mais les résistances d’ordre culturel, les comportements sociétaux…

 

– R. San, nous ne parlons pas ici de la misérable vie que nous menons ni des mesquineries du présent. Je vous parle de la recherche de l’universalité de l’âme.[…]

 

– Je vais tenter de m’améliorer, répondit R.

 

– Il ne s’agit pas de cela ! répliqua Maître Sakurai. Il faut que vous parveniez à réunir en votre cœur ces cinq sens : Nature, Paix, Harmonie, Pureté, Tranquillité, et à établir une relation entre eux. Enfin, rappelez-vous ces quatre principes de la Voie du thé : Wa, Kei, Sei, Jaku. Harmonie, Respect, Pureté, Quiétude. Je vous souhaite une bonne soirée R. San.

 

Et elle le congédia d’un geste de la main. »

 

 

 

Richard COLLASSE, Le pavillon de thé, Seuil, 2017, pp. 218-219.